Parmi tout ce que j’ai particulièrement aimé au cinéma en cette année 2008-2009, il est deux films américains radicalement différents que je ne saurai trop vous conseiller :
MARRIED LIFERéalisé par le fort peu connu Ira Sachs, interprété par Pierce Brosnan, Rachel McAdams, Patricia Clarkson et Chris Cooper,
Married Life représente un agréable hommage aux mélodrames des années 1950 façon Douglas Sirk, le tout saupoudré d’un humour noir et d’une verve moralisante qui ne sont pas sans rappeler Woody Allen. On y parle du bonheur et du malheur conjugaux, de la difficulté à construire une relation sur la base du chagrin d’un autre. J’aime l’exercice de style : la reconstitution en studios, en costumes et en lumières de l’Amérique urbaine de l’après-guerre ; la sobriété du découpage ; l’efficacité du montage. J’aime aussi et surtout la vision toute en demi-teinte du film, prouvant que le jeu amoureux n’aboutit jamais, quelle que soit la manière dont on le tourne, à un "optimum de Pareto" (voilà que je parle comme un économiste...).
SYNECDOCHE, NEW YORKDistribué avec beaucoup de difficultés en France un an après sa présentation à Cannes,
Synecdoche, New York est le premier film en tant que réalisateur de Charlie Kaufman, le génial scénariste de
Dans la peau de John Malkovich,
Adaptation ou encore
Eternal Sunshine Of The Spotless Mind. Ici, Kaufman va encore plus loin dans sa folie narrative, dans son entreprise acharnée de déconstruction des codes scénaristiques classiques - et ce malgré la version salles amputée d’une demi-heure par rapport à la version cannoise. L’histoire commence avec Caden Cotard, metteur en scène qui tire partie d’une gigantesque bourse pour reconstituer théâtralement toute une ville dans un entrepôt. Elle se poursuit avec ses névroses grandissantes, ses relations manquées avec les femmes importantes de sa vie, et,
last but not least, avec sa volonté de se mettre lui-même en scène dans l’univers qu’il vient de créer... Le film bénéficie d’un casting d’une grande qualité (Philip Seymour Hoffman, Samantha Morton, Emily Watson, Dianne Wiest...), bouillonne d’idées, ose les ruptures de ton, nous imprègne de son point de vue cynique et torturé. Je suis sorti de ce film (la troisième fois) en me disant que finalement, je faisais la même chose que Caden Cotard : je passe ma vie à la mettre en scène, en substituant aux personnes du passé de nouvelles personnes, dont j’espère illusoirement les mêmes choses. Quelle tristesse, au fond... (Pour information,
Synecdoche, New York n’existe pas encore en DVD, mais devrait l’être vers le mois de septembre.)
Married Life,
Synecdoche, New York. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai appris que ces deux films avaient en fait été produits par la même personne : Sidney Kimmel ! Il faut se bâtir des modèles, dans la vie. Eh bien l’un d’entre eux pourrait volontiers s’appeler Sidney Kimmel.
Sauf que... le premier film a coûté 12 millions de dollars et en a rapportés 1,5 million à l’international. Le second a coûté, lui, 20 millions de dollars et en a rapportés 3 millions à l’international. En termes de modèle économique, on a connu mieux... C’est à désespérer de la curiosité des publics et / ou des choix de distribution vis-à -vis de films un peu marginaux - mais finalement pas tant que ça. L’un de nos intervenants (exploitant) à La fémis cette année nous a qualifiés, élèves producteurs, d’"
inconscients". J’ai bien peur qu’il faille l’être au moins un peu, effectivement.