Ce qu’il y a de terrible à La fémis, c’est qu’il m’est impossible de vous tenir ici au courant de nos activités pendant les exercices. Je ne peux prendre le temps d’écrire une note sur ce blog qu’avant chaque exercice, afin de le présenter, ou qu’après, pour en dresser un bilan. Le temps est un luxe hors de notre portée en période de tournage.
Les Fictions 16 sont donc finies ! Tous nos films de fin de première année ont maintenant été tournés. Certains ont carrément terminé le stade de la post-production et ont été projetés vendredi, tandis que d’autres, comme le mien, attendent encore d’être montés.
Que de souvenirs accumulés en trois mois, en tout cas ! Je n’oublierai pas de sitôt avoir dû me lever à 6h pour aller filmer dans un cimetière ; avoir monté en un quart d’heure un travelling qui enjambait un trottoir ; avoir surveillé de manière obsessionnelle, en tant que scripte, le métrage de la pellicule sur un film de trente plans et de dix séquences (pour vingt minutes de bobine, rappelons-le) ; avoir recréé pendant plusieurs heures une lumière nuageuse à l’aide d’une poudre inflammable et asphyxiante dans une pièce de 9m2 ; avoir enregistré des sons seuls de baisers langoureux ; avoir fait le point sur le sosie de Malabar ; avoir fabriqué un effet de surimpression à l’aide d’un miroir sans teint ; avoir perché l’indicatif de Chérie FM ; avoir supervisé un tournage à base de lapins géants masturbant des carottes ; avoir cadré un plan-séquence en travelling long de trois minutes ; ni avoir été électro sur un film d’une quarantaine de plans adaptant Le joueur d’échecs de Zweig le jour de la libération d’Ingrid Bétancourt...
Je n’ai même pas parlé du festival de Cannes, où une partie d’entre nous sommes allés pendant une semaine, profitant de notre semaine de vacances et des accréditations de l’école. Encore un grand moment, une occasion étrange mais sympathique de côtoyer le meilleur du cinéma et le pire des paillettes, de voir une quantité de films remarquables dans des conditions parfaites et de s’incruster dans des soirées improbables au milieu de Charles Berling et David Martinon...
Voilà en gros la quintessence d’une première année à La fémis ! De tels moments tissent évidemment davantage les liens, soudent les équipes. Le but visé et, à mon avis, largement atteint, étant d’en ressortir plus complet et d’aborder de manière plus intelligente nos fonctions respectives à partir de la deuxième année.
Ah ! j’oubliais presque de parler de mon propre film... Que dire ? J’étais très content de l’expérience du tournage, de l’ambiance le jour J, de mes superbes comédiens et comédiennes, de mes patientes silhouettes, de mon décor inespéré et de l’implication de mon équipe malgré l’état de fatigue généralisé. Pour l’instant, je suis toujours en attente de mes rushes, et donc incapable de juger le résultat. Je serai à La fémis encore tout le mois de juillet pour les étapes du montage et du mixage. L’année n’est donc pas totalement terminée en ce qui me concerne.